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Presse 19 : Vacature références "Le Vif L'express - Trends Tendances" du 14-15/2/2002 : Sandra Evrard- L'intuition ! PDF Imprimer E-mail
Peut-on faire confiance à son intuition ?
"Sa tête ne me reviens pas!" Qui n'a jamais eu la sensation que la personne en face de soi n'était pas honnête, cherchait à nous influencer ou n'était pas digne de confiance? Cette sensation porte un nom, il s'agit de l'intuition, à laquelle nous sommes plus ou moins sensibles. Mais si nous écoutons parfois cette petite voix intérieure dans nos relations interpersonnelles, quel rôle joue-t-elle dans le cadre de notre vie professionnelle? Et sutrout, peut-on s'y fier?

"Il ya quelques années, lors d'un entretien d'embauche avec le directeur d'une PMI qui offrait un poste de commercial, j'ai senti que cette personne ne m'inspirait pas confiance, il me donnait l'impression d'être un peu roublard. Mais bon, je me suis dit que cela faisait précisément partie de sa personnalité de commercial et j'avais besoin d'un emploi. Très rapidement cela s'est mal passé: le directeur et sa femme - qui travaillait également dans l'entreprise - étaient agressif et un peu paranoïaque dans leurs relations avec leurs employés, ce qui créait une ambiance détestable. Au bout de quelques mois tout le monde a été licencié et nous avons appris qu'ils avaient en réalité déposé le bilan depuis plusieurs années et qu'ils ne payaient même pas nos cotisations sociales. Ils nous faisaient travailler en toute illégalité! J'ai compris que mon intuition avait été bonne, ces personnes n'étaient pas sérieuses. A présent, j'écoute d'avantage mes sensations lorsque je rencontre des gens dans le cadre de mon travail", raconte Isabelle, 30 ans, aujourd'hui employée dans le domaine de la communication.
Facteur humain
Jacques, 51 ans, manager dans un grand groupe. a quand à lui fait plusieurs fois appel à son intuition dans le cadre du recrutement de personnel qualifié. "Il existe deux dimensions dans les décisions prises en entreprise. La première est liée à la rentabilité et la seconde au facteur humain, dont l'intuition fait partie. Il m'est arrivé, lors de l'engagement d'un nouveau candidat à un poste de chef de chantier, de choisir une personne qui n'avait pas satisfait aux tests classiques de recrutement que nous organisons, mais qui m'avait semblé être beaucoup plus compétent que ce que les tests reflétaient. Je l'ai engagé et il a donné d'excellents résultats au poste qui lui était désigné.
Sans C.V.
Même chose pour Viviane, 58 ans, qui a engagé son gérant de magasin de sports en faisant confiance à son intuition. Huit ans après, il est toujours là et donne entière satisfaction. "Quand j'engage quelqu'un, je ne lui demande même pas son CV, je lui parle beaucoup et je sens assez vite si la personne me plait ou non. L'intuition, c'est se laisser envahir par ses sensations, mais elle aussi basée sur notre expérience, tout comme on le sait d'instinct si une pomme est farineuse ou non lorsqu'on la voit."
Petite voix intérieure
Qu'est-ce que l'intuition?
La définition stricte du dictionnaire nous apprend qu'il s'agit "de la perception immédiate de la vérité sans l'aide du raisonnement", comme si une petite voix intérieure nous soufflait cette évidence.
Selon la thérapeute Marie-Luce Dossche,
l'intuition serait comme un sixième sens qui s'exprime d'ailleurs plus facilement lorsque les autres sont en éveil. Il s'agirait donc d'une question sensorielle, de réceptivité. "On a remarqué que les personnes qui utilisent énormément leur intuition et leur ressenti, faisaient appel à un moment donné à tous leurs sens. Chacun d'entre nous développe plus ou moins certains sens: on est plus visuel, auditif, kinesthésique (atentif au ressenti) etc. Mozart, par exemple, lorsqu'il créait sa musique, la voyait, l'écoutait et la ressentait, il arrivait à ouvrir tous ses sens à sa création, explique-t-elle.
Inégaux face à l'intuition
Mais nous ne serions pas tous égaux devant l'intuition, certains y faisant d'avantage appel ou l'ayant plus développée que d'autres. En cause, notre éducation et le bagage transgénérationnel qui nous a été transmis, l'environnement dans lequel nous évoluons, notre milieu culturel, en plus du désir d'aller ou non dans cette voie. Les artistes ou les enfants, l'auraient plus naturellement. De même que les femmes... "Je crois que les femmes sont en général plus intuitives que les hommes car elles sont en général plus reliées à leur centre émotionnel et plus fines dans ce domaine. Une femme s'ouvre plus facilement à cela, même si elle est cartésienne. Un homme voudra plus tout découper pour comprendre. On trouve plus d'homme intuitifs dans les professions comme celles d'écrivain ou de créateur, qui ont développé une certaine sensibilité et qui ont d'ailleurs parfois des difficultés à côtoyer des hommes "hommes", estime Alain Losier, psychothérapeute et formateur en communication. Mais selon lui, cette faculté pourrait néanmoins s'épanouir dans chacun d'entre nous, même si la société rationnelle dans laquelle nous vivons l'a étouffée. Pour cela, une condition par contre est requise, il faut y croire!
Alain Losier propose de travailler sur les différents personnages qui sont en nous.
"Il s'agit de la stratégie de Disney fort employée aux Etats-Unis qui consiste, lorsque vous êtes devant un problème, de laisser place aux différentes parties qui sont en vous. Il faut commencer par se mettre dans un environnement propice à l'état de rêveur, en partant de quelque chose de concret que je souhaite, mais qui n'est pas encore matérialisé. Une fois que le rêveur a terminé son rêve, le réaliste va prendre sa place. Je vais laisser s'exprimer une autre partie de moi et je vais jouer le réaliste en me positionnant dans un autre espace. Je vais donc réaliser ce rêve avec ce qui est réalisable. Enuite on passe au critique, qui va critiquer ce qui vaut la peine d'être repris du projet. Et on fait le tour jusqu'à avoir trouvé la solution, on est parfois étonné du résultat." Pas question néanmoins de se laisser subjuguer par ses émotions et de se fier uniquement à son intuition, mais plutôt de la laisser s'exprimer et de la placer dans nos critères d'analyse.
Selon moi, le raisonnement cartésien peut, par contre, bloquer l'intuition, ajoute Marie-Luce. Cat l'intuition fait appel à notre cerveau droit qui est celui des émotions alors que notre raisonnement requiert le cerveau gauche qui est celui du contrôle. Il me semble donc intéressant de laisser venir son intuition et ensuite, par la raison, voir comment on peut lui donner un côté réaliste. Car je crois que si l'on ne fait appel qu'à l'intuition, cela n'aboutira pas totalement. Mais n'oublions pas que de grands chercheurs, créateurs ou mathématiciens ont parfois dévcouvert des théories grâce notammement à un moment d'intuition qui les a guidés vers la bonne solution.
La bonne intuition
Evidemment, nul n'ignore que nos sens sont, par essence, faillibles. Un certains nombre de personnes ne leur font tout simplement pas confiance. Pourtant ils sont notre première interface avec le monde qui nous entoure et le réceptacle privilégié des informations que nous captons quotidiennement. "Personnellement, si j'ai des intuitions dans le cadre de ma vie professionnelle, je m'interdis de leur faire confiance et ensuite, lorsqu'elles s'avèrent correctes, je le regrette", avoue Emile, 46 ans, cadre dans une banque. Jacques, notre manager cité ci-dessus, avoue également que son intuition n'est pas toupours infaillible et qu'elle l'à parfois induit en erreur, mais il estime néanmoins pouvoir lui faire confiance à 75%. "Je crois que seule l'expérience peut dire, à long terme, si mes intuitions sont bonnes ou non. A partir du moment ou j'ai une intuition et que je pense pouvoir lui faire confiance puisque trois fois sur quatre elle s'est avérée correcte, je peux prendre ce risque face à des choix qui sont au départ sur un même pied d'égalité. Et s'est vrai que la chance de se tromper existe bien. Mais le risque est également toujours là, même si j'effectue mon analyse autrement", corrobore le psychothérapeute.
Et pour quoi faire ?
Que l'on ait de l'intuition, qu'elle soit bonne ou mauvaise, quel rôle joue-t-elle finalement dans le cadre de notre travail qui, par essence, est souvent basé sur la rentabilité et l'efficacité? D'après Alain Losier et Marie-Luce Dossche, de nombreuses professions requièrent précisément une bonne dose d'intuition. Hormis les personnes employées à des tâches répétitives ou structurées, les fonctions issues du monde commercial, du marketing, du management, de la publicité, des ressources humaines ou basées sur des relations d'aide, voire même le secteur de la recherche, peuvent difficilement s'en passer. "Personnellement, je pense faire appel à tout moment à mon intuition, même sans en avoir pleinement conscience. Mais je sais dans le choix de mes investissements et je m'y fie également beaucoup au niveau marketing qui, certes, propose un panel d'outils, mais ou une partie de mes décisions sont prises intuitivement. Je pense qu'il s'agit d'un facteur qui, malgré soi, ne peut être éliminé car, même si l'on fait appel à son raisonnement, la première impression restera toujours importante. Le mieux étant que l'on corrobore l'autre, évidemment", confie Nathalie, 29 ans, responsable du Fund Management dans une banque. "Je crois que l'intuition est une ouverture à la créativité, qui est, dans l'entreprise, un des moteurs de l'innovation. C'est aussi un facteur qui permet à certaines personnes de prendre plus rapidement des décisions et la décision la plus juste, car notre perception du monde passe par nos 5 sens, donc plus on va les développer, plus on va être à même d'interpréter les faits. D'ailleur, 70% des problèmes en entreprise proviennent de conflits de communication", ajoute Alain Losier. De plus en plus de chefs ou de cadres d'entreprises se montreraient ouvert au rôle que joue l'intuition dans notre cadre de travail. " C'est vrai qu'au niveau commercial, c'est important, confirme Jacques. En tant que client, il est, par exemple, intéressant de pouvoir sentir si le vendeur essaye de vous rouler. Personnellement, je le ressens presque physiquement, au niveau du sternum.
Même chose lors de la négociation de contrat avec des clients, il est crucial de pouvoir sentir
s'ils ont un réel intérêt pour le projet qui leur est proposé. Il m'est arrivé de patienter et de négocier durant un an avant de conclure un contrat que j'étais convaincu de remporter. Ce fut le cas et cela a représenté une hausse de 20% de mon chiffre d'affaire." Alors, y croire ou pas, telle est la question!
Sandra Evrard