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Accueil Presse 10. Presse : livre Changez pour le bonheur Magazine Femmes d'aujourd'hui 13 septembre 2007 - N° 35 (Psycho) Texte Christelle Gilquin Erreurs de jeunesse
10. Presse : livre Changez pour le bonheur Magazine Femmes d'aujourd'hui 13 septembre 2007 - N° 35 (Psycho) Texte Christelle Gilquin Erreurs de jeunesse PDF Imprimer E-mail
Comment rectifier le tir?
A l'époque, on se croyait tout permis, on voulait vivre à 100 à l'heure. Hélas, parfois les erreurs de jeunesse ont encore des conséquences 20 ou 30 ans plus tard. Heureusement, on peut s'en détacher. A tout âge.

Alain Losier est l'invité à l'émission
"Appelez on est là " présentée par Serge Van Haelewijn
Thème : Les erreurs de jeunesse
RTBF Mons : Le Jeudi 13 septembre 2007


"On n'est pas sérieux quand on a 17 ans", dit-on souvent. Alors, études malmenées, grossesses précoces, délinquance, consommation d'alcool ou de drogue… On a l'impression de pouvoir tenter le diable sans dégât et d'avoir l'éternité devant soi pour faire machine arrière si nécessaire.
"L'adolescence est une période où l'on ne sait plus qui l'on est, explique Pierre Debroux, psychologue clinicien et psychothérapeute. Les règles de l'enfance n'ont plus cours. Il y a un long et difficile travail de construction identitaire à faire. Certains traversent en douceur cette piste d'obstacles. Pour d'autres, l'invention de soi est plus laborieuse (tomber enceinte, abandonner ses études, fuguer…). De manière générale, la question de l'identité est difficilement abordable sans un certain désordre. L'adolescence ne peut faire l'économie d'une bonne violence." Quasi inévitables, donc, ces expériences à l'emporte-pièce si l'on veut pouvoir trouver sa juste place.

Changer de vie? Un comportement très en vogue!
Pourtant, sans s'en rendre compte, on commet alors parfois des erreurs dont on se repentira longtemps et qui empêcheront d'avoir la vie dont l'on rêvait. "La problématique des erreurs de jeunesse, témoigne Danielle Meunier, thérapeute (1), je la rencontre assez souvent parmi mes patients. Surtout à l'heure actuelle.
Avant, les gens suivaient la voie choisie toute leur vie. Aujourd'hui, ils osent davantage exprimer leurs erreurs, les reconnaître et les réparer. Quant aux générations plus jeunes, elles se prennent davantage en main afin d'éviter ce genre d'écueils."
Heureusement, il n'est aujourd'hui plus de mauvais ton de rectifier le tir après une erreur de jeunesse. Au contraire: le changement d'orientation pour une vie plus épanouissante est en vogue. "Réparer une erreur de jeunesse est possible dans tous les cas, assure Alain Losier, thérapeute et coach (2). A condition de considérer qu'il s'agissait non pas d'une erreur, mais d'une étape ou d'un apprentissage. Vous avez fait ce que vous croyiez bon à l'époque, vous étiez jeune, mais vous avez changé et il n'est pas trop tard pour devenir quelqu'un d'autre."
Inutile donc de parler de "temps perdu impossible à rattraper", ni de répéter: "J'aurais dû faire comme ci ou comme ça." Il faut dépasser la culpabilité, se pardonner à soi-même et pardonner à autrui. "Rester dans la culpabilité, explique Danielle Meunier, c'est courir le risque de s'auto-punir, par une dépression ou des malheurs qu'on provoque inconsciemment. Et rester dans le statut de victime ("c'est la faute de mon père si je n'ai pas entrepris telles études"…) peut être très confortable, car on se plaint et on se fait plaindre, on pleure sur son sort et on rend les autres responsables de sa vie. Mais ça ne permet pas de faire bouger les choses."
Réparer une erreur de jeunesse en changeant de vie n'est pas une chose simple: il faut être prêt à en payer le prix, c'est-à-dire se remettre en question, faire une croix sur son passé, derrière lequel on se cachait parfois, sur ses habitudes… On risque aussi de déplaire, de devoir réapprendre de nouvelles choses. Mais quels nouveaux bénéfices en retour! Quelle satisfaction de retrouver la voie dont on s'était éloignée!

Non aux "je n'y arriverai jamais"
Pour Alain Losier, se réorienter se fait en 5 étapes. Acceptez d'abord que lors de votre adolescence, vous vous êtes trompée et qu'en fin de compte, vous n'êtes pas arrivée là où vous le souhaitiez. Essayez de comprendre pourquoi vous avez agi ainsi à l'époque et quelles leçons vous pouvez en tirer. Soyez ensuite convaincue que vous pouvez changer. "Changer demande de dépasser certaines croyances limitatives, explique Danielle Meunier. Par manque de confiance en soi, on peut se dire: "ce n'est pas pour moi", "je n'y arriverai pas", "il est trop tard pour changer"…
Visualisez votre but, car c'est lorsque le désir est très clair et qu'on déplace toute son énergie vers lui que les doutes et les obstacles fondent. Enfin, passez à l'action. "Vous n'aurez peut-être pas les moyens de réparer votre erreur à 100% (difficile par exemple de reprendre des études de médecine à 60 ans), conclut Alain Losier, mais vous pourrez vous en approcher au maximum (devenez bénévole dans un hôpital, visitez les mourants…) A vous de choisir si vous voulez être actrice ou spectatrice de votre vie. Etre actrice est déjà en soi une source d'épanouissement, un pas contre la fatalité."

(1) Auteur de "Ces croyances qui nous gouvernent", Ed. AdA. www.danielle meunier.be. Conférences le 20 septembre à 18h (Filigranes, Bruxelles) et le 5 octobre à 20h (La Source Sauvage à Spa).
(2) Auteur de "Changez pour le bonheur", InterEditions. www.pnl-humaniste.com.

Les erreurs de jeunesse les plus fréquentes (et comment les réparer)
1. J'ai arrêté mes études trop tôt.
On déculpabilise
A 16 ans, au moment où l'on a un grand besoin d'affirmation de soi, de liberté, de créativité… l'école n'est pas forcément l'endroit où l'on a envie d'être. Peut-être n'avez-vous pas trouvé la motivation suffisante pour continuer vos études. Peut-être avez-vous pensé que faire des études n'était pas indispensable pour trouver un travail intéressant. Ou peut-être avez-vous préféré profiter du moment présent, vous amuser…
On avise
A notre époque, l'âge n'est plus vraiment un obstacle. On peut se réorienter à 40, 50 voire 60 ans. Le tout est de savoir exactement ce que vous voudriez faire (partez de vos passions et de vos envies). Cours du soir, université, formations sur Internet, conférences… Il existe tellement de possibilités! Vous freinez des quatre fers? Réfléchissez: ne tirez-vous pas quelques bénéfices secondaires à votre situation actuelle qui vous empêchent de bouger? Etre au chômage, ça permet d'avoir du temps libre, de rester dépendante d'autrui… Branchez-vous plutôt sur les avantages qui vous attendent si vous réparez votre erreur de jeunesse.

2. J'ai suivi la voie professionnelle choisie par mon père.
On déculpabilise
Vous avez sans doute agi par fidélité envers votre père, parce qu'il était votre point de repère principal (à un âge où l'on n'a pas forcément beaucoup de références) et que son exemple vous a montré la voie du succès. Ou bien vous avez simplement voulu faire plaisir. A un moment où l'on se cherche encore, il est plus facile de s'en remettre aux désirs parentaux. Inutile donc de vous en vouloir ou d'en vouloir à votre père. Mais, s'interroge Pierre Debroux, psychologue, "y a-t-il pire violence que de devoir toute sa vie vivre la vie d'un autre?"
On avise
Certes, vous pouvez vous aussi opter pour une nouvelle formation. Mais avant de tout jeter à la poubelle, pourquoi ne pas voir ce que vous pouvez récupérer de vos connaissances dans une nouvelle orientation. Par exemple, vous avez fait le droit comme papa, mais vous rêviez d'être infirmière. Si c'est le critère "aide aux autres" qui vous manque le plus, pourquoi ne pas mettre votre expérience en droit de manière bénévole au service des plus démunis, des illégaux…

3. A 20 ans, j'étais déjà mariée et maman. J'ai l'impression de ne pas avoir eu de jeunesse.
On déculpabilise
Ce choix de vie devait sans doute être important à cette époque de votre vie, sinon vous ne l'auriez pas fait! Peut-être vouliez-vous fuir votre milieu familial, voler de vos propres ailes, avoir quelqu'un qui vous aime et a besoin de vous ou faire comme certaines de vos copines.
On avise
Le grand avantage que vous avez, c'est qu'en devenant maman très tôt, vos enfants sont à présent grands. Tout en vous baignant dans une certaine jeunesse, ils peuvent se débrouiller un peu tout seuls et vous laisser souffler. Et à 40 ans, vous pouvez reprendre votre vie en main. A vous de voir ce qui vous a manqué dans votre jeunesse: voir des amis, faire la fête… Comment pourriez-vous profiter de votre vie pleinement tout en respectant ce que vous avez construit?

4. A ma majorité, j'ai claqué la porte de chez moi et j'ai rompu avec ma famille.

On déculpabilise
Sans doute avez-vous rompu avec votre famille parce que vous étouffiez, que vous ne vous sentiez pas entendue ou comprise, ou que le milieu extra-familial vous offrait davantage d'intérêts et d'opportunités.
On avise
Aujourd'hui, votre famille vous manque et cette ambiance familiale que vous vouliez tant fuir, vous l'avez finalement adoptée vous aussi. Prenez le risque de dire votre ressenti sans attendre (et tant qu'ils sont encore là…). Dites que votre crise d'adolescence est passée (!), qu'ils vous manquent, que vous vous sentez triste sans eux… Ils résistent? Une digestion est peut-être nécessaire pour eux. Laissez le temps au temps: déposez votre demande, faites comprendre que vous, vous êtes là. Exprimer votre désir est déjà une manière d'avancer dans le respect de vous-même.

Faut-il raconter ses erreurs de jeunesse à ses enfants?
A vous de voir!
Oui. Cela permet de combler la différence de générations et créer une certaine complicité entre parents et enfants.
Non. Cela peut passer pour une incitation à commettre de telles erreurs. Or, en tant que parents, vous êtes leurs garde-fous et vous devez garder une certaine crédibilité.

Envie d'en savoir davantage sur le sujet?
Retrouvez-nous ce jeudi entre 11h et 12h30, sur VivaCité dans "Appelez, on est là", animé par Serge Van Haelewijn (99.3 FM à Bruxelles, 90.5 FM Liège, 98.3 FM Namur, 92.3 FM Charleroi, 97.1 FM Mons et www.vivacite.be).

Témoignages

Pas de diplôme, pas de travail épanouissant
J’ai arrêté mes études à l’âge de 16 ans, alors que je n’avais même pas mon certificat d’enseignement secondaire inférieur et ce, pour me marier. Aucune chance aujourd'hui pour moi de m’épanouir dans un travail qui me plaît: même lorsque mes compétences sont réelles, je ne possède pas de diplôme. J’ai souvent essayé de suivre des cours par correspondance pour passer mon jury central, mais sans succès. Il faut dire aussi que je suis maman de trois enfants et donc je ne peux plus me permettre de penser qu’à moi! S’il existait une machine à remonter le temps, il est clair que ma vie serait très différente… (Samira, 33 ans)

Trop de crédits tue!

Au début de notre mariage, mon mari et moi avons contracté plein de crédits. La vie était belle; on achetait tout ce qu'on voulait. Puis, je suis tombée enceinte de jumelles et quelques mois plus tard, mon mari a été licencié. C'est là que les ennuis ont commencé: nous ne savions plus rembourser nos crédits, les huissiers ont débarqué. Aujourd'hui, tout mon salaire passe dans le remboursement des créanciers. Nous devons vivre avec 400 euros par mois. On fait le maximum pour offrir aux enfants du confort, mais en ce qui nous concerne, on se prive de tout le nécessaire. (Cindy, 28 ans)

J'aurais dû garder cet enfant

J'avais 20 ans et je sortais avec un homme marié de 27 ans mon aîné. J'avais à l'époque terriblement peur de mon père. Quand j'ai appris que j'étais enceinte, j'étais désespérée. Mon amant m'a aidée à aller avorter à Maastricht. La nuit, je me suis tordue de douleur, mais je n'ai rien dit. Mes parents n'en ont jamais rien su.
Je me suis mariée, et j'ai eu deux magnifiques garçons dont je suis très fière. Mais je pense souvent à cet enfant, sorti de mon ventre… Si j'avais le choix aujourd'hui, je l'aurais gardé. J'étais jeune, je n'avais pas assez de caractère. J'ai eu des problèmes lors de mes grossesses, je me suis souvent demandée si c'était le prix à payer pour avoir fait mourir cet enfant. (Claudine, 45 ans)

Mon objectif: éviter que d'autres jeunes gâchent leur vie comme moi

Je suis tombé dans l'engrenage vicieux de la délinquance juvénile à 17 ans. Résultat: à 25 ans, je me retrouve à accumuler des années et des années de peines de prison pour une erreur de jeunesse qui a détruit ma vie. Je n'étais pas prédestiné à une vie de délinquant, mais les tracas et aléas de la vie ont fait que… Aujourd'hui, je le regrette de toutes mes forces, surtout quand je perçois la douleur, la tristesse dans les yeux de ma mère, la désolation dans le regard de mon père. J'assume les erreurs que j'ai commises, car je pars du principe "qui casse paie". J'essaie de corriger mon erreur, mais j'ai l'impression qu'on me met des bâtons dans les roues. Je fais des études pour obtenir un diplôme, mais au moment des examens, je suis à chaque fois subitement transféré dans une autre prison. Je m'investis aussi bénévolement dans l'asbl Déclik qui vient en aide aux détenus pendant et après leur incarcération. Mon objectif: éviter que d'autres jeunes gâchent leur vie comme moi. J'ai envie de leur dire: "Cessez de tenir les murs et rentrez dans vos foyers. Etudiez vos cours et apprenez un vrai métier pour prendre votre place dans la société. Faites en sorte de ne jamais avoir à faire à la justice, surtout si vos ancêtres ne sont pas belges." (Nordin, 25 ans)

Mariée et divorcée en 2 ans
Je me suis mariée à 20 ans, suite à un coup de foudre 6 mois plus tôt. Mes parents ont tenté de s'opposer à ma décision, me menaçant même de ne pas venir à mon mariage, mais comme j'étais majeure, je n'en ai fait qu'à ma tête. A peine mariée, je me suis rendu compte de mon erreur. Je ne connaissais évidemment pas suffisamment mon mari, qui s'est très vite révélé violent. A 22 ans, j'étais donc déjà divorcée. Certes, ce mariage a été une erreur de jeunesse, que je m'efforce tous les jours de réparer, mais malgré tout, mon état civil reste "divorcée". C'est comme une marque au fer rouge, un statut qui m'empêche d'être une jeune célibataire comme les autres. (Sarah, 27 ans)
Considérez qu'il s'agissait non pas d'une erreur, mais d'une étape ou d'un apprentissage. Pour moi, une erreur n'est pas forcément négative. Ce peut être une épreuve. C'est-à-dire qu'on peut ne pas aller dans le bon chemin, mais dans ce mauvais chemin, on a peut-être des choses à apprendre. (Bernard Werber, dans "Erreurs avouées", Tristane Banon, Anne Carrière).
Texte Christelle Gilquin